Une légende de

Sieur Jules Baribeau

Les dernières volontés du cuisinier Sarrasin

C’est par une belle nuit chaude d’un été qui n’en finissait pas de s’étirer que le cuisinier du Régiment de Carignan, lequel, on appelait amicalement « le cuisteau Sarrasin », se prélassait assis sur une grosse roche qui elle, bordait le lit de la rivière Mahigan Sipiy  (Rivière du Loup) à l’embouchure du majestueux lac St-Pierre. Il regardait paisiblement de légers nuages passer lentement devant Dame la Lune qui elle, se trouvait dans son plein.

Le clapotis des vagues venait se perdre au pied de la roche sur laquelle le cuisinier s’était recroquevillé. Seul le cri lointain d’un huard qui se trouvait probablement au beau milieu du lac St-Pierre vint briser le charme de cette tranquillité…

Le silence revint immédiatement. Et il se mit à errer pensivement, surtout à ressasser les souvenirs d’une vie bien remplie qu’il avait jusqu’à ce jour vécu au service du Roi de France Louis XIV. Soixante-dix ans bien sonnés dont il avait le cuistaud du régiment.

Il scruta la voûte céleste qui scintillait des mille feux représentant autant d’étoiles que le Créateur avait placées là. Évidemment fatiqué de cette vie bien remplie, il pensa que le jour de quitter cette terre n’était peut-être pas tellement loin et que, ce Dieu, son créateur le rappellerait à lui.

Une légère brise soudainement le fait frissonner! Et tout en se croisant les bras, il se frotte vivement les épaules pour activer sa circulation sanguine afin de se réchauffer.

Il quitte des yeux la voûte céleste pour jeter un regard vers l’horizon et là, il aperçoit sur l’autre rive une lueur blanchâtre presque argenté. Cette luminescente lueur se dirige lentement vers lui…

Plus elle approche, plus elle se précise! Finalement, elle se pose sur l’amas rocailleux qui se trouve à une quinzaine de pieds sur sa droite. Tout à coup, cette lueur se transforme en une très belle fée. Il se sent envahi par un doux sentiment d’amour et une joie profonde s’empare de son être. Maintenant, voilà que des sons mélodieux accompagnent ces sentiments.

D’une voix douce et langoureuse, la fée s’adresse à lui en ces termes : « Je te salue Ô Noble Personnage, toi qui a été pour moi l’instrument qui m’a permise de faire connaître à tes compagnons d’armes cette farine à laquelle ils ont donné ton nom ».

Mais, dites-moi belle Dame, seriez-vous cette Fée que le Sieur de la Fouille a déjà vu laisser tomber sur lui, une pluie fine et scintillante d’étoiles? Oui, mon cher cuisinier!  Mais, moi un simple cuisinier, que me vaut l’honneur de votre présence?

C’est qu’encore une fois, je fais appel à toi pour que se perpétue la culture du sarrasin. Et pour ce faire, je te demande de prendre ta plume de bernache afin d’écrire sur ce parchemin en feuille de bouleau ces dernières volontés qui seront tiennes et qui permettrons dans quelques centaine d’années, la reprise de la culture de cette céréale qui porte ton nom. Alors, écrit ce que je vais te dicter.

« Moi, le cuisinier Sarrasin cuistaud au service du Régiment de Carignan, sous les ordres du Sieur de Manereuil, étant sain d’esprit et en pleine possession de mes facultés, je désire édicter à celui de mes descendants qui trouvera ce parchemin une directive à laquelle il devra se soumettre. Voir et faire en sorte que se perpétue la tradition de la Culture de cette céréale qui est un don des Dieux.

Elle nous fut laissée par l’intervention d’une fée dont seul le Sieur de la Fouille connaissait l’existence. Ce descendant qui aura l’appellation de « Père Sarrasin » devra fonder et mettre sur pied une confrérie qui se nommera : La Confrérie des Sarrasins. Ses objectifs seront de promouvoir cette céréale et surtout ses produits dérivés.

Cette lourde tâche lui incombera et c’est lors de ses périgrénations en Wallonnie, partie francophone de la Belgique qu’un signe physique lui sera donné et qui l’amènera à réaliser cette confrérie.

C’est à l’occasion d’une visite à l’église de Walcourt, là ou Charles Quint avait fait don d’un jubé sculpté dans la pierre orné de superbes dentelures de pierre, que le Père Sarrasin trouvera caché dans cette superbe pièce architecturale, une épée Louis V que seul, lui aura pu la retirer! Le bourgmestre de l’endroit lui en fera cadeau ».

C’est là que le Père Sarrasin comprendra ce que ce parchemin de vos dernières volontés, Cuistaud Sarrasin, signifiait.

Et la légende persistera ainsi que la culture de cette céréale. Et tous ces produits dérivés prendront formes.